|
|
|
|
|
|
| |
|  |
| |
| |
La langue de chez nous !
Il est navrant de constater
que les ch’tis trouvent jolis le parler de la Provence
ou les traditions bretonnes et que les Gens du Nord, eux-mêmes,
sont les premiers à dénigrer leur langage
traditionnel.
Il est normal d’admettre que des élèves
étudient leur langue régionale jusqu’au
baccalauréat , en Corse ou en Occitanie, mais nous
restons indifférents à la transmission de
la nôtre à nos enfants.
Pourtant la langue picarde est très ancienne et
mérite davantage d’attention.
C’est du latin (venu à pied du fond des âges
, dit notre troubadour d’Outre-Quiévrain,
Julos Beaucarne) parlé par les envahisseurs romains
de Jules César, prononcé par des Gaulois
et des Francs, qui connaît ses lettres de noblesse
au Moyen-Age. C’est en cette langue romane , dont
le domaine linguistique s’étend du Nord de
Paris au Sud de Bruxelles, que sont racontées les
croisades ou la Guerre de Cent ans, ou les amours des
trouvères.
Les premiers auteurs français
ont écrit en picard : Adam
de la Halle, et Jean Bodel d’Arras, Froissart de
Valenciennes, Philippe de Commynes, Guy de Ponthieu, Graindon
de Douai, Conon de Béthune, Guy de cambrai, Jacquemars
Giélée de Lille, Girard d’Amiens,
Robert de Clari, Bertelai de Laon, Gerbert de Montreuil,
Raoul de Houdenc, Gauthier de Tournai, et bien d’autres
encore.
Leur érudition et leurs écrits abrités
dans les abbayes et les musées, comme la Cantilène
de Sainte Eulalie considérée comme un des
premiers textes picards ( an 800) ,conservée à
la Bibliothèque de Valenciennes, donnent à
notre langage un rayonnement considérable. Il est
chanté à la Cour de France, dans les châteaux
et jusqu’en Italie. C’est
principalement de cette langue qu’est issue la langue
française naissante imposée par François
1er dans l’Edit de Villers-Cotterets
en 1539.
Malgré de nombreux combats
pour l’ anéantir ( Abbé Grégoire
pendant la Révolution de 1789, Jules Ferry et les
hussards noirs de la République à partir
de 1882…), notre
vieux langage a toujours été écrit
par de bons auteurs : citons
Hector Crinon, Edouard David, Alexandre Desrousseaux,
Ernest Heren, Léopold Simons, Jules Watteeuw, Géo
Libbrecht…
Il vient d’être
mis à l’honneur par des ambassadeurs tels
que Renaud ou Dany Boon.
Il s’est transmis jusqu’à
nos jours et il n’a jamais été tant
parlé, chanté et écrit dans tout
le domaine linguistique picard qui comprend de nombreuses
variantes suivant les habitudes locales, avec des accents
de terroir différents et si caractéristiques,
mais où l’on se comprend « tertous
». Il suffit, pour démontrer sa vitalité
, d’observer
le nombre croissant de troupes de théâtre,
d’associations, de groupes de chanteurs, de bardes,
de troubadours, d’écrivains régionaux
, de manifestations (messes de Noël en ch’ti,
célébrations de Sainte-Barbe…).
José Ambre est écouté
sur les ondes de France Bleu Nord mais l’on n’y
entend pas nos chanteurs Simon Colliez et Patrick Collon
. Guy Dubois assure une rubrique régulière
consacrée à notre «parlache»
dans La Voix du Nord . Seule la chaîne de France
3 Nord-Pas de Calais ne respecte pas la charte des télévisions
régionales qui doit donner un temps à la
langue de la région. Bref, pas beaucoup de monde
pour clamer qu’il est temps d’abandonner les
vieux préjugés.
Notre langue n’est
pas vulgaire- il n’y a pas de langue vulgaire, il
y a des gens vulgaires. Notre langue n’est pas du
français déformé , puisqu’elle
existait avant !
Elle conserve en elle
les traces de l’ Histoire de notre région.
On y trouve des similitudes
avec le latin (glaine :galina, capieau : caput, toudis
:toujours), l’espagnol (païelle : paëlla,
agosil : algazil) , l’anglais (arlouquer : to look,
l’gaïolle : gaol, eun’ mape : marble)
,l’allemand (dringuelle :dink gelt), le flamand
(zièpe : zeep), témoignages des longues
périodes pendant lesquelles notre pays était
envahi , ou du riche commerce qu’il entretenait
avec les voisins.
Nous possédons
un héritage à sauvegarder et à transmettre.
Guy Dubois
|
|
| |
|  |
|
|
|
|
|
|